Thumbnail-article-Mecenat

12 JUIL MÉCÉNAT ET FONDATIONS

Un monde feutré et discret mais indispensable à l’économie française et à la cohésion sociale

500 milliards d’euros sont redistribués chaque année dans l’économie par le mécénat et les fondations. En France, ce montant s’élève à 7 milliards d’euros par an. Avec près de 2000 fondations et environ 1800 fonds de dotation, les fondations françaises cumulent 21 milliards d’actifs. Riche de 43 milliards de dollars, la Fondation Gates est à elle seule, un acteur majeur de l’économie mondiale.

Traditionnellement présentes dans le monde de la culture, les fondations élargissent leurs terrains d’action et interviennent dorénavant sur l’ensemble de l’économie française. La fondation Accenture se concentre sur l’emploi et la formation des jeunes, Total, est le mécène principal du programme « La France s’engage ». La Fondation Culture et Diversité de Marc Ladret de La Charrière s’est spécialisée sur la lutte contre les inégalités et l’accès à la culture pour tous. La Fondation Elle est dédiée à la cause des femmes partout dans le monde. La banque Oddo et son président Philippe Oddo, très investis dans le mécénat avec la fondation « Agir pour demain » soutient à la fois Médecins sans frontières ainsi que des grandes causes comme la lutte contre Alzeihmer.

Pendant longtemps fondations et mécènes français sont restés très discrets afin d’éviter la suspicion très française de voir leurs actions accusées d’être de la communication déguisée.

UN PARTENARIAT PUBLIC/PRIVÉ EFFICACE

La crise économique et la réduction budgétaire de la plupart des grands ministères changent la donne et obligent à une plus grande coopération entre le public et le privé pour soutenir des programmes d’envergure. Selon Philippe Lagayette, président de la Fondation de France, « le mécanisme fiscal français est plutôt favorable aux fondations ». Cette vision est partagée par l’ensemble des participants bien que le président d’Admical appelle à renforcer cette coopération afin d’encourager les fondations à plus de dons.

LE CHOIX DES PROJETS

Le choix des projets soutenus peut venir soit d’une demande de l’Etat comme dans le cas de Total sollicité par le gouvernement pour soutenir le programme « La France s’engage » soit par le directoire des fondations. Certaines choisissent des projets en relation avec leurs activités telles que la fondation ELLE qui au-delà de l’action sur le terrain donnent un écho aux résultats par le biais de leur journal. D’autres telles que la fondation Culture et diversité dirigée par Eléonore de la Charrière préfèrent être déconnectées de leur corps business.

UN OUTIL DE COHÉSION DANS L’ENTREPRISE, UN ACTE CITOYEN

Pour Philippe Oddo, les fondations permettent de rappeler le rôle de l’entreprise citoyenne. La fondation « Agir pour demain » implique les équipes pour mettre en place une dynamique commune dans l’action où chaque employé est sollicité. Mais Philippe Oddo va plus loin en organisant chaque année un grand gala en faveur de la lutte contre Alzheimer invitant tous ses clients à financer cette cause. Pour Bernard le Masson, président de la fondation Accenture « l’intérêt général n’est pas le monopole de l’Etat ». Avec près de 50 millions investis dans l’économie, les employés d’Accenture sont très engagés dans les programmes

sur le terrain. L’entreprise ne peut pas être déconnectée de l’écosystème dans lequel elle vit. La démocratie est l’affaire de tous.

On retrouve les mêmes ambitions de redistribution et d’implication citoyenne chez Total ou pour Eleonore de Lacharière. En consacrant la plus grande partie de leur fortune au mécénat (43,5 milliards dont 3,9 milliards engagés en 2014) Bill et Melinda Gates ou Warren Buffet sont des exemples de cette volonté de partager leur fortune et d’avoir un impact sur la lutte contre la pauvreté partout dans le monde.

OSONS DONNER

Avec 151 millions d’euros pour 9400 projets soutenus et 775 fonds et fondations sous l’égide de la Fondation de France, selon Philippe Lagayette « les français sont généreux ». Financée exclusivement par des donateurs, la fondation de France attribue des subventions, des prix, des bourses et finance les meilleurs projets. François Debiesse de son côté rassemble et représente les mécènes auprès des pouvoirs public et œuvre à une plus grande professionnalisation du mécénat et particulièrement à la transparence des actions car pour encourager les français à donner, les maître mots sont éthique et confiance. Selon Catherine Ferrant, président de la Fondation Total « pour donner, il faut avoir confiance et pour avoir confiance, il faut informer »

La joie profonde de donner, de redistribuer, de partager ont été au cœur de ces débats. Selon François Debiesse, il faut éduquer les enfants quelque soit leur milieu social à la joie du don.

VALEUR D’EXEMPLE, LABORATOIRE D’IDÉES

C’est pourquoi, les fondations doivent mieux communiquer auprès du grand public. Les fondations ne sont pas exclusives à ceux qui ont de l’argent mais un bénéfice réel chacun d’où selon Admical l’importance d’apprendre à donner. Tous les acteurs de cette table ronde ont mis l’accent sur le rôle fondamental des fondations en tant qu’ « agitateurs d’idées » et de laboratoires. Selon Béatrice Néré, « les fondations peuvent prendre plus de risques qu’un Etat en investissant énormément dans l’innovation et tout particulièrement dans la recherche » alors même que « les états n’en ont plus autant les moyens » selon Catherine Ferrant.

Les présidents de fondations ont tous insisté sur leur conception d’entreprise citoyenne concernée par la vie de la cité et souhaitant redistribuer au-delà même de l’impôt perçu par l’Etat. Nous sommes bien loin du modèle réducteur de l’entreprise exclusivement consacrée à gagner de l’argent d’où l’urgence de changer le regard du grand public sur la philanthropie.

Valérie Hoffenberg

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *